Avant le début du festival, nous avons interviewé Damien Corbel, social media manager indépendant depuis 4 ans, spécialisé dans le domaine de la musique et qui gère entre autre toute l’animation Social Media du festival de Dour. Il nous explique comment le festival a pris le virage de Snapchat il y a 2 ans et continue à l’utiliser bien qu’il sente une baisse d’engouement.

 

 

Bonjour Damien, pour commencer j’aimerais savoir qui tu es et ce que tu fais au festival de Dour. Est-ce que tu travailles uniquement pour ce festival ou pour d’autres choses également ?

 

Damien CORBEL, je suis social media manager actuellement pour le festival de Dour. Je coordonne l’ensemble des réseaux sociaux, la communication Web, le site internet et l’application, avec d’autres gens de l’équipe. Je travaille sur le festival de Dour depuis 3-4 ans, j’ai commencé en tant que stagiaire et en 2017 ils ont pérennisé le poste que j’ai gardé. En amont du festival pour gérer les annonces je fais ça à distance et de mars à juillet je suis à temps plein en Belgique au festival.

 

 

Donc, tu es indépendant ?

 

Oui, je suis en auto entrepreneur depuis 1 an et demi (après avoir terminé mes études). Et à côté de Dour, le reste de l’année (et même en parallèle) j’ai d’autres projets. Par exemple, cette année j’ai travaillé pour d’autres festivals notamment le Cabaret Vert dans les Ardennes (à Charleville-Mézières) ou le Fucking New Year’s Eve Festival, le 31 décembre à Bruxelles par exemple. Et puis d’autres petits projets par-ci, par-là, toujours un peu dans la musique.

 

 

En ce qui concerne le festival de Dour, quelles sont les différents réseaux sociaux, que tu utilises ?

 

Principalement, il y Facebook, Instagram, Twitter, ça c’est une peu les 3 piliers. Et à côté de ça, il y a Snapchat aussi. Après, ça dépend aussi de ce que l’on entend par réseau social car on est aussi présent sur les plateformes comme Spotify.

 

 

En terme d’organisation tu fonctionnes comment sur le festival?

 

Je travaille surtout en lien avec David Salomonowicz, le responsable communication mais aussi avec toute la partie programmation. Ça peut être le directeur artistique parfois directement pour tout ce qui est partie billetterie, ou la chargée de partenariat francophone, de partenariat financier, donc un peu avec tout le monde. Dans certains cas par exemple quand il y a des deals de conclus avec un partenaire financier, il y a aussi une obligation de publier sur les réseaux sociaux.

 

 

Quels sont les objectifs qu’on t’a fixés par rapport à ces différents réseaux sociaux?

 

Il n’y a pas vraiment d’objectifs, en tout cas, pas acté, l’idée (et c’est ce qu’on a toujours fait à Dour) c’est de communiquer un maximum sur l’artistique et sur l’accueil le tout sur un ton décalé. Il n’y a pas vraiment de chiffres. Le but premier c’est déjà d’animer et de fidéliser la communauté qui est déjà là pour certains depuis presque plus de 20 ans. Ça va être la 30ème édition cette année, l’idée c’est de continuer à animer, à les faire rester sur le festival. Ensuite, il y a aussi, je pense comme pour tout festival au final, un besoin de chercher un nouveau public, que ce soit une nouvelle tranche d’âge ou un nouveau type de public. Mais là, je pense que pour Dour, c’est surtout voir plus loin en fait.  La programmation a clairement un rayonnement européen, donc là, l’idée c’est vraiment d’aller chercher du public plus loin que la Belgique et la France.

 

 

Concernant la ligne éditoriale, tu vas parler de quoi sur les différents réseaux sociaux et en quoi ils seront différents ou pas forcément d’ailleurs ?

 

La ligne éditoriale de base, c’est surtout l’artistique sur le festival. Là, pour l’instant, on est en pleine phase d’annonce [l’interview a été réalisée avant le festival], et après, une fois ça terminé, ce sera surtout basé sur les artistes (un nouveau clip de tel artiste, tel l’artiste est déjà passé il y a dix ans, on est heureux de le retrouver…). On montre aussi de belles photos en insistant sur le fait que Dour, c’est l’amour, ça a toujours été l’amour, et ça restera l’amour. Après, en fonction des réseaux sociaux ça change un peu. Facebook par exemple, c’est celui qui est le plus grand public, on vise le plus loin. Depuis 2 ans, on essaie en termes de contenu, de mettre l’accent sur la vidéo. Mais on fait attention à ne pas trop poster et à garder en tête qu’il faut que ça reste un peu universel. Twitter c’est beaucoup plus personnel, et là on répond beaucoup plus aux questions, on publie beaucoup plus quotidiennement, dès qu’il y a un nouveau clip, dès qu’il y a une actu en fait. Et on interagit et on discute beaucoup avec les festivaliers, on est « plus proches ». Pour Instagram, c’est beaucoup plus basé sur des photos, sur de l’ambiance, et donc beaucoup moins sur l’actualité de groupe. C’est beaucoup plus lié à l’image du festival. Et depuis quelques mois, il y a aussi tout ce qui est Instadirect qui est très utilisé. Il y a pas mal de gens qui nous posent des questions par ce biais là. Et puis, Snapchat, en fait, je l’utilisais pas mal les deux dernières années, surtout pour interagir avec les festivaliers. Dès que je postais une vidéo il y en avait pas mal qui répondaient, qui réagissaient, qui posaient des questions. Donc c’était surtout du « one to one ». Je prenais le temps de leur répondre, ils posaient des questions et ainsi de suite. C’était aussi un petit peu de backstage, tout comme un peu les story Instagram maintenant, mais on postait aussi des photos de temps en temps, quand on avait reçu les flyers et pour montrer un peu l’avancée du festival surtout.

 

 

Et pendant le festival, quels types de contenus vont être postés?

 

Pendant le festival, c’est toute une autre stratégie, c’est vraiment une autre réflexion. Chaque réseau social fonctionne différemment. Généralement, le contenu y est posté différemment et ce n’est peut-être pas toujours les mêmes infos. Les infos importantes et pratiques sont similaires et sont partout mais après, tout ce qui est contenu, beaucoup moins important est très différent. Sur Snapchat, généralement on dit qu’on se fait hacker le compte. Donc en fait, on donne nos accès à un artiste par jour pour un peu voir l’envers du décor et suivre l’artiste pendant toute sa journée de festival chez nous. On essaye de mettre en avant des groupes locaux, belges, et ceux qui acceptent et comprennent ce genre de choses. Concernant Facebook, on publie plutôt des infos pratiques et on va généralement poster des albums de photos plus professionnelles, du montage etc. Et pendant le festival, ce sera également beaucoup de photos professionnelles, des vidéos et on fera aussi des lives, on utilise le contenu « propre à Facebook ». Sur Facebook, Twitter et Instagram, l’image, la qualité de photo va être beaucoup plus travaillée, plus propre parce que ça va être du contenu qui va rester en dur tout le temps. Alors que sur Snapchat et les stories Instagram, c’est souvent moi ou d’autres personnes qui le font vraiment rapidement du téléphone, c’est de personne à personne.

 

 

En termes d’animations spécifiques, est-ce qu’il y a des concours, des petits jeux et des choses spécifiques que tu fais sur les différents réseaux sociaux ?

 

Sur Snapchat l’année passée par exemple pendant le festival, on avait organisé une chasse au trésor de vinyles en partenariat avec l’artiste Carl Craig. On avait caché des enveloppes sur le festival pour faire gagner 5 vinyles exclusifs et on donnait des indices sur Snapchat et Instastory. Après avoir trouvé les enveloppes, les gens devaient venir vers nous pour les échanger cotre leur vinyle. Sinon on n’organise pas de concours pour faire gagner des places ou des goodies, on laisse plutôt cela à nos partenaires.

 

 

Tu utilises Snapchat depuis deux-trois ans, quelle est l’évolution que tu as pu voir en terme de communauté ?

 

J’ai l’impression que ça s’est « rajeuni ». Après c’est peut-être ma tranche d’âge aussi. Je ne sais pas. Mais il y a deux ou trois ans, quand c’était un peu l’explosion de Snapchat tout le monde trouvaient ça hyper innovant, au détriment d’Instagram qui était jugé démodé. Autour de moi, beaucoup de personnes s’y sont mises, on échangeait à fond et ça marchait plutôt bien via le festival. Les gens réagissaient, ils étaient très actifs. Et au fur et à mesure, au fil du temps, j’ai senti que les gens étaient moins présents, répondaient moins etc. Donc soit le public du festival a changé, soit ce sont les abonnés sur Snapchat qui ont évolués. J’ai beaucoup moins de retours qu’avant sur les stories donc pour le temps passé à élaborer les stories et à les mettre en ligne ce n’est pas hyper satisfaisant. Alors que sur Instagram, les gens réagissent beaucoup, sont plus actifs. Donc, je suis un peu moins sur Snapchat cette année. Je le fais parce que je sais qu’il y a toujours des gens qui sont là et qui suivent le festival et je n’ai pas envie de laisser tomber ce support actuellement. Reste à voir comment ça peut évoluer. J’ai vu qu’il y avait des nouvelles mises à jour, je n’ai pas eu le temps de les tester encore mais peut-être que cela va permettre de faire évoluer Snapchat.

 

 

Et en ce qui concerne les formats spécifiques à Snapchat, je pense notamment aux geofilters et aux Spectacles, est-ce que tu les utilises pour le festival ?

 

Les géofilters, on a essayé d’en avoir un pour le festival pendant 3 ans, mais ce n’était pas ouvert aux marques en Europe donc on n’a jamais réussi à le faire. Mais l’an passé nos partenaires en avaient fait donc on a pu communiquer dessus. Les geofilters c’est trop bien d’en avoir un ça montre que le festival est là, présent et il couvre tous les réseaux sociaux parce que les photos sont repostées ailleurs. Pour les Spectacles, je n’ai pas eu l’occasion de les essayer et le prix est un peu élevé pour quelque chose d’un peu « gadget » finalement donc je n’ai pas voulu proposer ça au festival. Même si on pourrait faire des choses hyper chouettes avec.

 

 

Pour toi c’est quoi les avantages et les inconvénients de Snapchat.

 

Pour l’instant, c’est dommage, mais je vois plus d’inconvénients que d’avantages en soi. Pour moi, c’est beaucoup de temps passé, à créer le contenu, à répondre aux gens, pour, disons, pas beaucoup de retour. C’est très difficile de calculer les retours sur investissement au final (notamment quantifier les gens qui achètent des tickets grâce à ce qu’on publie sur Snapchat alors que c’est beaucoup plus facile avec Facebook par exemple). Le fait que ce soit temporaire, nous oblige à être actif hyper régulièrement pour que les festivaliers voient du contenu régulièrement. Donc c’est beaucoup de temps, mais je pense que ça vaut quand même le coup pour fidéliser certaines personnes et aussi pour montrer qu’on est à la page, qu’on est au courant de tout et qu’on teste.

 

 

Quels sont les retours que tu peux avoir sur Snapchat. Est-ce que tu as des messages de la part des utilisateurs. Qu’est-ce qu’ils te demandent globalement quand ils t’écrivent.

 

En ce moment, vu que c’est la période d’annonce, la plupart des retours ce sont des gens qui sont contents de voir tel artiste, et qui nous remercient. Sinon avant cela ils nous demandent « quand est-ce que vous annoncez tel artiste ? ». Donc c’est surtout lié à l’artistique. Dans tous les cas je réponds à chaque fois, même si quelqu’un m’envoie juste un « ah ouais, trop cool », je réponds juste un émoji, un cœur ou des choses comme ça, pour leur montrer qu’on leur veut du bien. Ensuite quand on s’approche du festival et avec les photos ou vidéos du montage que je publie, il y a de plus en plus de personnes qui posent des questions pratiques. Ou est-ce que ça se trouve, comment ça va se passer… Là encore je prends le temps de répondre à tout le monde et c’est chouette d’avoir des discussions avec eux. Le réflexe que j’ai pris, car justement des fois tu n’as pas la réponse tout de suite, c’est de sauvegarder à chaque fois le message pour pouvoir y répondre plus tard. Ca me permet également de conserver un fil de discussion avec cette personne, comme ça même si elle ne me reparle qu’un an plus tard, je sais qu’elle m’a déjà parlé.

 

 

Est-ce que tu as des tactiques d’engagements spécifiques sur Snapchat pour essayer de faire screenshoter un peu ou obtenir des retours ?

 

Pendant le montage l’an passé je me baladais souvent sur le site du festival et je prenais en photo ou en vidéo les scènes et puis je disais « screenshotez votre scène préférée ou celle que vous attendez le plus », ce genre de choses. C’était un peu instinctif, en fait, quand je suis sur le moment, je ne calcule pas forcément à l’avance.

 

 

Est-ce que tu as un budget pour sponsoriser les publications sur les différents réseaux sociaux ? Est-ce qu’il y a des réseaux sociaux sur lesquels tu sponsorises beaucoup ?

 

Ca va être surtout sur Facebook et Instagram que je fais de la sponsorisation de posts. Twitter je ne me suis pas encore penché dessus mais je pense que ça peut être intéressant aussi. Pour l’instant, ça va être principalement ces deux réseaux qui sont, au final, nos deux plus gros piliers.

 

 

Et les Snap Ads, tu ne les considères pas du tout comme une option ?

 

Non, je ne me suis pas vraiment posé la question. Mais, en soi, moi je les trouve plus pénibles qu’autre chose généralement donc non. Mais ça peut être une question à se poser, voir si ça peut être intéressant. Si les pubs ne sont pas regardées ça ne sert à rien. Il vaut mieux du bon contenu créatif que du mauvais sponsorisé.

 

 

Est-ce qu’il y a des marques ou d’autres festivals sur Snapchat que tu suis pour inspiration de ce qu’ils font ?

 

Plus maintenant, même moi, à titre personnel, je suis beaucoup moins connecté mais je sais qu’effectivement, il y a deux ans, quand c’était un peu le lancement et que tout le monde y était, je m’étais abonné aux comptes des festivals pour faire de la veille et aussi à ceux des artistes qui étaient programmés pour voir un peu ce qui se passait. J’avais mis un point d’honneur, à suivre toutes les personnes influentes ou tous les médias que je voyais sur Snapchat en me disant justement, ça peut m’inspirer. Je le fais globalement avec la plupart des autres réseaux sociaux.

 

 

Parlons maintenant de l’avenir de Snapchat, que penses-tu que Snapchat va devenir ?

 

Bonne question. Je ne m’étais pas trop posé la question mais j’entends pas mal de gens reparler à nouveau de Snapchat depuis la mise à jour, et je me dis que peut-être ils sont en train de bosser sur d’autres trucs qui vont pas révolutionner mais avec d’autres petites idées qui peuvent être sympa.  Instagram leur a fait beaucoup de mal avec les InstaStories mais il faut voir comment ils vont arriver à rebondir. Je pense qu’il faut qu’ils trouvent une nouvelle idée, une plus-value au final qui puisse récupérer un peu leur cible. Mais après j’en parlais, hier soir, avec des amis qui me disaient que, en fait tous leurs petits cousins ou les enfants qu’ils connaissaient étaient tous sur Snapchat quasiment. Et presque aucun sur Facebook, très peu sur Instagram et Twitter loin derrière. Donc, je me dis dis, s’ils sont tous là-dessus, c’est que peut-être à un moment, il va y avoir un basculement et Snapchat va revenir à la mode. En tout cas ce qui est bien pour Snapchat c’est qu’ils ont un public très présent ce qu’on ne voit pas forcément car on ne l’utilise peut-être plus mais il y a des nouveaux utilisateurs régulièrement.

En tout cas sur Dour, on aime bien tester tous les nouveaux réseaux sociaux, on avait même créé un compte sur Mastodon quand c’est sorti l’année passée, même s’il n’y avait pas grand monde dessus. L’idée c’est de se dire que Dour, on teste, on est à la pointe, on essaye de montrer qu’on est là, on est partout, on ne se concentre pas que sur un seul réseau.

 

Merci Damien pour cette interview.

 

Vous pouvez suivre le Festival de Dour sur FacebookTwitterInstagram et Snapchat.

 

 

[ A RETENIR ]

 

LES POINTS FORTS 

 

  • Miser sur l’interaction avec la communauté et prendre le temps de répondre à chacun de façon personnalisée. Le bon conseil: sauvegarder systématiquement les messages pour conserver un historique des discussions avec chaque personne.

 

  • Montrer les coulisses et laisser le compte aux mains des artistes pendant le festival

 

  • Un contenu plus brut que sur les autres réseaux sociaux, pris directement avec le mobile

 

  • La « chasse aux trésors » pour offrir des vinyles en donnant des indices sur Snapchat

 

 

LE CONSEIL DE SNAPOLOGIE

 

Snapchat a beau être un réseau social plus instinctif et « sur le moment », l’animation d’un compte nécessite une réelle stratégie avec une ligne éditoriale bien établie. Il faut préparer ses stories à l’avance (en laissant un peu de place à l’imprévu) et ne pas se contenter de prendre des snaps au hasard tout au long de la journée. Pensez également qu’une story doit avoir un début, un milieu et une fin comme n’importe quelle histoire.

 

La phrase à retenir:

Il vaut mieux du bon contenu créatif que du mauvais sponsorisé.

S’il est vrai que ce n’est pas parce que l’on sponsorise du contenu qu’il ne faut pas y porter une attention particulière en terme de qualité, il ne faut pas pour autant négliger l’impact des différents formats publicitaires proposés par Snapchat.

 

A NOTER EGALEMENT

Snapchat évolue dès vite et les fonctionnalités s’ouvrent de plus en plus: les géofilters sont disponibles pour tous en self service via le Ad Manager, on peut désormais tracker les ventes depuis les Snap Ads grâce au pixel disponible depuis peu, les insights plus poussés sur les stories vont bientôt être disponibles pour plus de monde (seulement accessibles aux comptes d’influenceurs actuellement).